À la poursuite du feu nouveau

Homélie pour le matin de Pâques 2023

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.
(Jean 20, 1-9)

« Marie se rend au tombeau, de grand matin; c’était encore les ténèbres ».

Un des rites marquant des célébrations de la semaine sainte est le rite du feu nouveau.

La vigile débute dans la pénombre. Tous rassemblés à l’arrière de l’église, on entend remuer et respirer les gens, le tumulte des enfants excités et les claquements des portes tandis qu’arrivent encore les retardataires.

Le silence s’établit tandis qu’une toute petite lumière jaillie d’un briquet met le feu à un amas de brindilles. De cette petite flamme, on allume le cierge pascal, gros obus de cire marqué du sceau de la croix et d’un millésime. La lumière jaillit des ténèbres. Faible d’abord, les fidèles allument à ce feu nouveau une petite bougie pour devenir un amas de lumière qui se met lentement en branle dans les allées de l’église.

Lumière du Christ !

Nous rendons grâce à Dieu !

Une rivière de lucioles s’écoule vers l’avant de l’autel où sera fiché le cierge pascal sur un socle. C’est de là que le célébrant, ou le chœur, entonnera le grand exultet proclamant solennellement la résurrection du Christ.

Une lumière, d’abord chétive et vacillante, prend force dans la nuit, au fur et à mesure qu’elle en allume d’autres pour se propager. Quelle belle figure de l’Espérance.

« Voici l’aurore d’un jour nouveau se dore d’un feu plus beau » (hymne chrétienne).

La rencontre de Dieu passe le plus souvent par la porte étroite du dépouillement. Chemin terrible que celui qui révèle notre fragilité et notre finitude. Nos frères protestants appellent cela « la repentance ».

Or, le matin de la rencontre de Pâques émerge de la nuit, de toutes ces croix que l’on a portées durant le carême, et plus particulièrement lors de l’office de la passion du vendredi saint. 

Au creuset de la vérité s’ouvre un passage. C’est là d’ailleurs la signification du mot Pâques.

Le clair-obscur de ce matin augure la part de l’homme et la part de Dieu dans les combats des ténèbres contre la clarté. Ne parle-t-on pas de cette heure comme « entre chien et loup » ?

« Elle court trouver Simon-Pierre et l’autre disciple… »

On peut dire que la première mission de l’alliance nouvelle en Jésus est menée par une femme. Mieux encore, par une femme qui fut guérie par sa rencontre avec Jésus (Luc 8). Certains ont même vu en elle la pécheresse pardonnée (Luc 7, 36-50)

 Aussitôt l’annonce du tombeau ouvert, Pierre et « le disciple que Jésus aimait » (on présume que c’est Jean l’évangéliste lui-même) s’élancent. Jean, figure de la vie contemplative, file comme une flèche. Pierre, celui que le Christ établira « pasteur des brebis » (Jean 21,17) semble suivre derrière, tant bien que mal. On l’imagine s’essuyant le front, en sueur, cherchant son souffle.

Charisme et institution forment ensemble un équilibre à maintenir entre intuition et institution, entre charisme et théologie, entre prophétisme et discernement communautaire, entre le cœur et l’esprit, entre individualité et rencontre.

Plus loin dans l’Évangile, les anges annonceront que c’est en Galilée que vous le verrez.

L’ancien évêque de Montréal racontait que son film préféré sur Jésus était le vieux péplum « Ben Hur ». Dans cette histoire, on ne voit jamais Jésus de face, mais seulement l’effet qu’il produit chez ceux qu’il regarde. Il en est un peu de même pour nous. Je ne pense pas avoir rencontré jamais quelqu’un qui ait eu une vision. Mais chacun à notre manière, nous rencontrons le Christ chez d’autres, et nous l’exprimons à notre tour avec nos mots.

Nous sommes la Galilée les uns pour les autres. Je saisis la réalité de cette résurrection du Christ à travers le témoignage de mes frères et sœurs. 

La Galilée est les routes de la mission.

Lors de la magnifique soirée « consolation » jeudi avant le dimanche des Rameaux, notre sœur Sabrina nous a proposé trois pistes pour sortir de ce climat de morosité qui affecte l’Église, l’actualité du monde et, peut-être aussi, votre vie personnelle.

Le premier chemin serait celui de la recherche de la beauté. Les expressions de l’harmonie des couleurs, des sons, des éléments de la nature organisés par le génie et la sensibilité humaine participent à l’œuvre même de la création divine.

La deuxième voie serait celle de la créativité. Dieu, en nous créant, a laissé en nous, et en tous et toutes, une part de ses propres dons. Leur expression non seulement rend hommage au créateur, mais constitue le véritable chemin du bonheur en cette vie. À cet égard, la sainteté consisterait davantage dans le plein épanouissement de nos richesses sous l’impulsion et la générosité de l’amour plutôt que dans la rectitude morale.

Enfin, la troisième route de Galilée se découvrirait sous le signe de la relation, la rencontre. Dans notre culture si profondément et maladivement individualiste, susciter des occasions de rencontres nous révèle de nouveaux visages de l’amour. Et plus on peut aller loin dans la rencontre de ce qui est divers- les fameuses « périphéries » si chères à notre pape François, plus on peut bâtir du ciel, du royaume, du lien qui plonge ses racines et nous entraine dans les éclats d’un feu d’amour qui ne passera jamais.

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