Pourquoi on appelle les prêtres « Père » ou « Monsieur l’Abbé » ?

31e dimanche Ordinaire, Année B

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu (23,1-12)

En ce temps-là,
    Jésus s’adressa aux foules et à ses disciples,
    et il déclara :
« Les scribes et les pharisiens enseignent
dans la chaire de Moïse.
    Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire,
faites-le et observez-le.
Mais n’agissez pas d’après leurs actes,
car ils disent et ne font pas.
    Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter,
et ils en chargent les épaules des gens ;
mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt.
    Toutes leurs actions, ils les font pour être remarqués des gens :
ils élargissent leurs phylactères
et rallongent leurs franges ;
    ils aiment les places d’honneur dans les dîners,
les sièges d’honneur dans les synagogues
    et les salutations sur les places publiques ;
ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi.
    Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi,
car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner,
et vous êtes tous frères.
    Ne donnez à personne sur terre le nom de père,
car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux.
    Ne vous faites pas non plus donner le titre de maîtres,
car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.
    Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
    Qui s’élèvera sera abaissé,
qui s’abaissera sera élevé. »

Lorsque j’ai été ordonné prêtre, j’éprouvais un certain malaise devant des personnes plus âgées, plus vertueuses et souvent bien plus expérimentées que moi et qui me donnaient du « mon Père » ou du « Monsieur l’Abbé ».

Il m’arrivait même de les reprendre en leur suggérant de m’appeler plutôt par mon prénom de baptême ou par l’appellation « frère » qui m’apparaissait moins cléricale. Ma propre mère est la seule personne que j’ai malicieusement sollicité de me faire appeler « mon Père ». Mais je vous avoue ne jamais avoir rencontré chez elle beaucoup de ferveur à cet usage.

Un jour, une personne âgée de la communauté m’exprima sa tristesse devant mes réticences. Elle m’expliqua simplement : « Lorsque je vous appelle de même (c’était un Québécois), ce n’est pas vous qui êtes mon Père, mais vous représentez mon Père du ciel, vous êtes son ministre ».

C’est que je prenais ces titres comme s’ils me désignaient moi-même. Or, ce n’est pas la personne qui est à l’honneur, mais les valeurs mêmes qu’ils expriment. « Maître, docteur, professeur, Monsieur, Madame, papa, maman, il faut faire acte d’humilité pour savoir recadrer ces titres honorifiques sans les réduire à son compte personnel.

« Abbé, Abba », signifient Père, ou papa. En langue arabe, « Abouna » ou en russe « Batiouchka » ajoutent une nuance familière que l’on pourrait traduire, en français, « petit-père ». Ces usages présentent l’avantage de laisser toute sa place au grand, au Père des pères.

Nous pouvons tous dire que nous sommes données les uns aux autres. 

Le prêtre aussi est donné à la communauté. C’est un frère croyant qui chemine  comme les autres, tant bien que mal, vers la sainteté.

Mais il est aussi donné d’une manière particulière au service de la communion. Consacré par sa vie et par un sacrement, sa mission révèle sa valeur lorsqu’elle est tournée vers ce « nous », au sens large, au service d’un bien commun qui incorpore la diversité des membres en une entité, un corps, une famille d’appartenance. 

J’y songe parfois en prenant conscience de toute ce qui existe et subsiste à cause de mon engagement de prêtre au quotidien. Même si on dit que les cimetières sont « remplis de gens indispensables », le départ d’une personne engagée révèle une perte et un deuil qu’il faudra offrir à la Providence.

On devient « Père », « mère » ou « Maître » lorsque l’on devient véritablement responsable des autres, engagé par le don de soi dans un service d’engendrement.

Ces valeurs méritent d’être reconnues et valorisées, y compris par notre langage.

Jésus dénonce nos tentations de détourner ce qui revient à Dieu seul à notre profit personnel. Il s’adresse aux pasteurs, mais aussi à nous tous. Il relève notre regard pour le tourner sans cesse vers un chemin de service, dans la dynamique de la charité et de l’amour. Car « seul « l’amour ne passera jamais » (1 Co 13).

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